Bon, d’accord, je vous propose un avis sur une comédie romantique qui ne date pas d’hier, mais Love Actually est un incontournable des fêtes de fin d’année, et on est encore en janvier, alors ça passe, non ?
Sorti en 2003, le long-métrage de Richard Curtis continue de diviser, de rassurer, d’émouvoir… et surtout de faire parler de l’amour sous toutes ses formes. Couples établis ou bancals, désirs secrets, amours impossibles, élans maladroits : Love Actually entremêle les destins avec une sincérité parfois naïve, souvent touchante. Derrière ses guirlandes et ses musiques iconiques, le film dresse aussi un portrait très révélateur de son époque, notamment dans sa manière de représenter les relations, les attentes sentimentales et les rôles genrés.
Revoir Love Actually aujourd’hui, c’est donc autant se replonger dans une madeleine de Proust collective que questionner ce qu’il raconte – consciemment ou non – de l’amour, du romantisme et de nos imaginaires. Un classique terriblement marquant.
Ce qui frappe immédiatement dans Love Actually, c’est la richesse de son casting, devenu presque irréel avec le temps. Hugh Grant, Emma Thompson, Alan Rickman, Keira Knightley, Colin Firth, Laura Linney, Liam Neeson… la liste donne le vertige. Chacun et chacune occupe pourtant un espace bien défini, avec une histoire qui, même esquissée, parvient à exister pleinement. Cette force chorale est l’un des grands atouts du film : Love Actually ne cherche pas à hiérarchiser les histoires d’amour, mais à les faire cohabiter, se répondre, parfois se contredire. L’amour y est multiple, bancal, maladroit, excessif, discret, sacrificiel. Et c’est précisément cette mosaïque qui rend le film si attachant.
Impossible d’évoquer Love Actually sans s’arrêter sur Hugh Grant, dans ce rôle devenu iconique de Premier ministre fraîchement élu, à la fois gauche, charmant et sincèrement humain. La fameuse scène de danse sur « Jump (For My Love) » est entrée au panthéon des moments cultes de la comédie romantique. Elle fonctionne parce qu’elle désamorce toute posture de pouvoir : le chef du gouvernement devient un homme seul, joyeux, ridicule et libre dans l’intimité de son bureau. Cette scène, légère en apparence, raconte beaucoup du film : l’amour et le désir ne connaissent pas de hiérarchie sociale, et même les figures d’autorité ont droit à leur vulnérabilité. Dans un genre souvent corseté par des archétypes, Love Actually ose la maladresse comme langage amoureux.
Les dialogues participent largement à cette postérité. Certaines répliques sont devenues cultes, répétées année après année comme des mantras romantiques. « Love actually is all around », bien sûr, mais aussi ces aveux balbutiants, ces silences lourds de sens, ces mots trop tardifs ou trop timides. Richard Curtis excelle dans l’art de faire passer l’émotion par le détail : un regard, une phrase retenue, un geste minuscule. L’une des scènes les plus bouleversantes du film reste celle d’Emma Thompson découvrant l’infidélité de son mari. Sans cris ni grands discours, elle incarne une douleur intime, contenue, profondément réaliste. Dans un film souvent qualifié de “feel good”, cette séquence rappelle que l’amour peut aussi faire terriblement mal.
C’est là que Love Actually devient intéressant à observer sous un prisme féministe. Le film est un produit de son époque, et certaines de ses intrigues ont, à juste titre, suscité des critiques. Les personnages féminins sont parfois cantonnés à des rôles de soutien émotionnel, d’objet de désir ou de récompense finale. Certaines dynamiques – notamment autour du consentement, de l’idéalisation ou de la persévérance amoureuse – peuvent aujourd’hui mettre mal à l’aise. Pourtant, le film n’est pas dénué de figures féminines fortes. Emma Thompson, Laura Linney ou même la jeune Sam (à travers sa relation avec sa belle-mère) incarnent des femmes complexes, tiraillées entre leurs désirs, leurs responsabilités et leurs renoncements.
Love Actually ne propose pas un féminisme exemplaire, mais il offre un terrain de réflexion. Il montre des femmes qui aiment profondément, parfois au détriment d’elles-mêmes, et pose la question – sans toujours y répondre – de ce que cela coûte. Peut-on aimer sans s’oublier ? Peut-on rester digne quand l’amour vacille ? Le personnage d’Emma Thompson, encore une fois, est central : elle choisit de continuer, de protéger ses enfants, de faire face avec une dignité bouleversante. Ce n’est pas une victoire romantique classique, mais une victoire intérieure.
Au-delà de l’amour romantique, le film célèbre aussi l’amitié, le soutien et les liens choisis. La relation entre Liam Neeson et son beau-fils est l’une des plus tendres du film. Elle rappelle que l’amour ne se limite pas au couple, et que la reconstruction passe souvent par des formes d’affection moins spectaculaires mais tout aussi essentielles. Dans un monde qui valorise la passion amoureuse comme finalité ultime, Love Actually ouvre – timidement mais sincèrement – la porte à une vision plus large des attachements.
Si le film continue de toucher autant de spectateurs et spectatrices, c’est aussi parce qu’il répond à un besoin fondamental : celui de rêver. Love Actually ne prétend pas être réaliste en toutes circonstances. Il exagère, simplifie, idéalise. Mais ce choix est assumé. Dans un quotidien souvent rude, l’idée que l’amour puisse surgir partout, à tout âge, sous toutes les formes, agit comme un baume. Le film nous dit que l’amour ne résout pas tout, mais qu’il donne du sens, du courage, et parfois l’élan nécessaire pour continuer.
L’idée que « l’amour peut tout surmonter » est sans doute la plus critiquable… et la plus séduisante. Dans la vraie vie, l’amour ne suffit pas toujours. Mais au cinéma, il devient une force narrative, presque politique : croire en l’amour, c’est refuser le cynisme, la résignation, l’isolement. Love Actually ne nie pas la douleur, la solitude ou l’échec, mais il choisit de les entourer de lumière. Et c’est peut-être pour cela qu’on y revient, encore et encore.
Imparfait, daté par moments, mais profondément sincère, Love Actually reste une œuvre qui parle de nos contradictions. Il nous invite à aimer, à douter, à espérer malgré tout. Et dans un monde qui nous pousse souvent à la méfiance et à la distance, ce message, aussi naïf soit-il, conserve une force précieuse.
En plus, si vous avez déjà lu l’un de mes romans, vous savez à quel point l’espoir et l’optimisme me tiennent à cœur. Sans doute est-ce une des raisons qui fait que je revisionne Love Actually avec plaisir aujourd’hui encore.